En 1984, Robert Tai convainc des intérêts étrangers de la pertinence de financer son nouveau projet de film de ninja. Ceux-ci lui envoient de l'argent et ne cessent de le faire, croyant que Robert Tai est un être raisonnable qui utilise les fonds pour créer un opus d'environs une heure trente et qu'il les avertira lorsqu'il aura terminé. ERREUR. Même s'il a théoriquement terminé son film, Robert Tai décide plutôt de continuer à filmer encore et encore, sans relâche, jusqu'à ce que les investisseurs commencent à se poser des questions sur ce petit film de ninja qui semble devenir un puits sans fond. Tant qu'il recevra des fonds, il les utilisera pour étirer encore un peu son nouveau projet.
Croyez-le ou non, au final, le premier montage du film (disponible sur des vidéocassettes très rares) dure près de DOUZE HEURES! Mais qui peut bien être assez taré pour créer un film de douze heures? Eh bien... Robert Tai.
Des extraits s'échelonnant sur une heure trente firent voir le jour à un film nommé Ninja the final duel, qui étonna tous les cinéphiles de par son étrangeté rappellant un croisement entre Godfrey Ho et les immondices de Tomas Tang. En 1999, un des rois de la Blaxploitation, Rudy Ray Moore, décide d'acheter les droits de d'autres séquences perdues de notre premier montage de douze heures n'apparaissant pas dans Ninja the final duel et tourne de nouvelles scènes pour s'ajouter dans le film au montage. Toutes ces séquences sont doublées à nouveau par une équipe d'idiots qui s'amuse à insérer des répliques concernant des Gameboy, le eastside et le westside, des chaînes stéréos ainsi que des expressions black à la bitch, ho et sucka.
Hormis une dizaine de minutes, Shaolin Dolemite ne provient donc que de la patte de Robert Tai, malgré ce que la pochette peut laisser présager. Soyez donc sans crainte, c'est un grand crû ridicule que nous avons ici!

Prince Sanada: Héros manifeste maîtrisant à la perfection l'art du combat qui devient malheureusement impuissant devant l'exhibition d'une paire de seins, perdant tous ses moyens et se mettant en position foetale en priant.
Abott White: Joué par Robert Tai lui même, ce maître spirituel guide Sanada dans sa quête de l'absolu. Ses sourcils factices abondants et ses trous de râpe à fromage qui paraissent dans son front aident élégamment à crédibiliser son personnage.
Tupac: Personnage complètement fou toujours à s'égosiller, à sauter partout et à jouer de son satané bol-gong infernal qui est passé maître dans la pratique du vaudou et dans la construction de magnifiques bandeaux lunaires en carton.

A-la-la-la-la long BONG, a-la-la-la long BONG le long long long BONG Sing it! BONG!!!
Les Shabazz: Deux blancs becs aux visages particulièrement inesthétiques qui rencontrent des méchants dans un terrain vague et qui finissent par être vaincus à grands coups d'ondes auditives, se convulsant sur le sol en saignant des oreilles.
Lucifer Lee (oui, LUCIFER Lee...): Avec un nom pareil, il ne peut être que très démoniaque! C'est un chef sans vertu avec un rôle plutôt effacé, qui consiste à commander les attaques, trouver les armes secrètes, combattre dans l'affrontement ultime et ne pas y mourir parce que c'est quand même supposé durer douze heures...
Ninja Ho': Esclave sexuelle de Tupac qui se métamorphose à profusion en boules de métal et en cerfs-volants frénétiques. Elle use de la technique du combat à seins nus contre les ninjas pudiques.

La tenue de camouflage idéale pour les attaques dans des champs de lilas.
Davey Crockett: Coureur des bois arrogant se battant avec une rapière et utilisant la marche sur les branches d'arbres pour confondre son ennemi. Je n'ai aucune idée de ce qu'il fout là.
Monk Ru-Dee: Vieillit, pourvu de nombreux bourrelets et affublé du pire costume de mama haïtienne de marché aux puces, Rudy Ray Moore ne paraît pas ici sous son meilleur jour, surtout qu'il n'apparaît qu'une dizaine de fois pour dire des citations ennuyantes qui ne concordent pas ne serait-ce qu'une miette avec ses lèvres. Il ne sait même plus se doubler lui-même adéquatement, c'en est presque triste.

Donnez-moi quinze dollars et je mange mon collier... S'il vous plaît!... J'ai faim!...
Sam the spliff: Ami réel de Rudy Ray également ajouté au montage qui joue un drunken master pas piqué des vers qui montre que l'entraînement, les muscles, le talent au karaté et la capacité cardio-vasculaire ne servent absolument à rien.
Un noir se téléporte dans un endroit peinturé à la canne soumis à d'importants bruits de vent hanté. Son collier d'os en plastique n'a pas encore le temps de reluquer l'éventail de chandelles et l'énigmatique bol fumant qui trône au milieu de la pièce que déjà, les yeux d'une peinture sur le mur se multiplient et se mettent à tourner, avant d'expulser deux vagues successives de flèches syncopées que notre noir évite avec des cascades sonores bien senties. Il s'en tirera indemne après un long combat et se retirera en faisant de multiples simagrées auprès du bol durement acquis. Mystère.
Pendant ce temps, Abott White a enseigné les arts ninjas à Sanada (qui en a gravement besoin, puisqu'il a quand même mis plus de trois minutes à vaincre une vingtaine de ninjas armés alors qu'il était seul) et s'aventure dans le désert à la recherche d'un élève perdu. Mais, enfer et damnation!, un danseur en kilt et robe de chambre qui se téléporte et joue de la flûte utilise ses pouvoirs télékinésiques (et son armée de ninjas des cavernes) pour exploser White de bord en bord! Cela sonne assurément le tambour de la guerre entre les deux clans ninjas, même si on ne revoit plus jamais ce masque d'halloween cheap de tout le film. Mais bon, il est laid, c'est sûrement un méchant.

À la claire fontaine, m'en allant promener, j'ai trouvé un masque si laid, que je l'ai porté dans un film...
Comme il est trop tard pour reculer, les mécréants sans vergogne que sont les méchants décident d'envoyer Ninja Ho régler le compte de Sanada, l'élève de White, et ainsi couper toute tentative de représailles à la racine. Malgré le dénudement de Ninja Ho et quelques gifles au visage de son adversaire avec ses seins (il faut le voir pour le croire), celui-ci parvient quand même à s'en sortir vivant et à ressembler une armée de combattants de la liberté... Bref, encore des ninjas.
Un combat véritablement interminable (je pèse ce mot... je le pèse très fort) s'enclenche alors et dure environs une trentaine de minutes sans qu'à peu près personne ne soit vaincu. Chacun retraite alors dans sa tanière et tente de refaire ses forces. Tupac y va alors d'un plan ingénieux pour venir à bout des bons ninjas: assembler un paquet de légumes et les transformer en golems de métal grâce à sa magie. Ensuite, y infuser l'âme de deux guerriers morts au combat à l'aide d'une séquence de fantômes qui s'extirpent de leurs corps qui est répétée (au bas mot) huit fois.

Les concombres, les zucchinis et les crêpes sont alchimiquement métalliques.
Après une nuit tranquille, les deux clans se rencontrent à nouveau, avec de nouvelles techniques et une nouvelle définition du mot éternité. Finalement, Tupac est acculé au mur suite à la mort de ses créatures et n'a donc plus le choix: il doit utiliser sa technique du bras en métal qui produit des explosions à chaque coup de poing (et qui ne ressemble surtout pas à la peinture du golem d'argent).

Je me sens étrangement comme dans un mauvais rêve de Mortal Kombat 2
Puis, en plein milieu du combat (après qu'un personnage important soit crevé), Monk Ru-Dee apparaît en cabotinant et émet quelque chose qui ressemble à "beleubeleueleube". Puis, THE END apparaît.
...
Un coup de poing est toujours plus puissant lorsque celui qui le donne grimace avec un air de défi et a le bras qui tremble après l'impact.
Les ninjas portent des pijamas et s'appellent "gringo" entre eux.
Cracher du sang sur une clochette provoque des explosions.
Il existe une technique vaudou qui consiste à faire disparaître les cheveux de son adversaire.
Les scènes d'érotisme sont toujours meilleures lorsque agrémentées des quatre mêmes images d'une femme aux seins nus qui tournent dans les sens des aiguilles d'une montre avec un bruit électronique des plus louches.
Être invisible n'est pas une raison pour négliger de fermer la porte lorsqu'on quitte une pièce.
Faire des serpents dans le sable avec ses bras, masser de l'écorce, manger ses poux, pratiquer la danse du ventre sur une musique arabe et tourner dans les airs de manière stationnaire à quatre ou cinq reprises sont toutes des techniques qui font parti de l'initiation de base aux arts martiaux.
Il est moins épuisant (et surtout plus cool) pour un ninja de se téléporter cinq pas plus loin sans raison apparente pendant qu'il se balade plutôt que de réellement marcher.
Être un homme qui se maquille, qui porte des boucles d'oreilles et qui revêt un costume de tissu moulant révélant une épaule sensuelle n'a rien d'homosexuel, à condition que ce soit fait dans la cadre de la pratique du kung-fu.
La technique de combat des gros noirs ivres consiste à écraser leurs ennemis chinois fluets en s'endormant par-dessus eux.
Se mettre en position du lotus et émettre des bruits d'hélicoptère avec sa bouche est la prémisse idéale à toute lévitation surnaturelle.
Les golems de métal (ou les chinois enduits de peinture argent et or si vous préférez) s'amusent fréquemment à faire plier les lames d'épées avec leurs cous, à effectuer des prises de karaté en saute-mouton et à produire des bruits stridents lorsqu'ils sont touchés.
Le plus étonnant est qu'ils s'appellent golem de bronze et golem d'or... Hum...
Les troupes de ninjas anonymes qui servent de chair à canon aux vraies pointures d'un film savent synchroniser leur mort et n'émettre du sang que par leur bouche pour éviter de donner un air trop spectaculaire à leur décès, laissant le sensationnalisme aux personnages qui en valent la peine.
Occire une femme ninja requiert de lui balancer trois coups de pieds au ralenti dans le vagin.
Étourdissez-vous devant une guerre de magie complètement folle alors qu'une femme multiplie les explosions en fumée de couleur et les puissants jets de liquide rouges qui font de tonitruants bruits électroniques. Son adversaire Tupac, quant à lui, envoit des anneaux attachés ensembles dans le ciel, où il passent à travers un écran en forme de prisme avec des effets sonores d'avion avant de se percuter brutalement à un lancer de ruban géant de tissu jaune qui provoque une (autre) explosion de fumée. Vous n'y comprenez sûrement rien, mais soyez rassurés, on ne comprend pas plus quand on le voit.
Assistez à une attaque souterraine totalement absurde avec des ninjas des profondeurs d'une vitesse prodigieuse qui creusent des sillons à cent kilomètres/heure en produisant un son de moteur de jet. Plus tard, Abott White les attaquera avec une bêche, faisant gicler du sang, et découvrira qu'il s'agit de ninjas normaux avec des petites pelles de plage qui ne semblent pourtant pas labourer plus vite qu'un fermier infirme sur une charrue en panne. Malgré tout, cela n'empêche pas à ces ninjas de détaler supersoniquement et de s'en tirer sans heurt.
Découvrez la nouvelle technique ninja qui consiste à ouvrir l'abdomen de son ennemi avec ses mains, d'en extirper les tripes et de partir jouer avec en gloussant et en les exhibant, oubliant du même coup l'autre gus sur le sol qui s'en sort quasi-indemne et se relève cinq minutes après pour continuer le combat (après tout, est-ce vraiment si vital, des tripes?).
Frottez-vous à l'effroyable "ninja black magic" qui consiste à faire voler un bouddha en polystyrène peinturé à la canne avec des fils de pêche et à lui faire hurler des "ha ha ha" en écho.
Voyez la technique d'envol des guerriers de l'ombre être utilisée à outrance! Pourquoi s'approcher de sa cible lentement en marchant sur le sol si on peut sauter vingt mètres dans les airs et se projeter vers elle? Pourquoi ouvrir une porte alors que l'on peut voler tête première dedans? Pourquoi se fier à la gravité et ne pas plutôt rester dans les airs pendant une période de trente seconde à tourner comme un dément?

Ouaiiissss!
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Malgré de nombreuses longueurs, le ridicule du film est à ce point poussé qu'il rend l'oeuvre totalement délicieuse. Son souvenir est définitivement impérissable. |
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Les ajouts, les combats, la magie, le doublage et les personnages sont tellement mauvais que le mortel moyen ne peut en croire ses yeux! Le fait que le tout soit joué avec un véritable sérieux (malgré le doublage) amplifie cet effet.
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Les effets sonores, les décors et les concepts sont totalement bidons, pour notre plus grand régal. Aussi, le fait que ce soit quelques scènes prises dans un rayon de douze heures renforce davantage le sentiment de perte de sens par rapport à la trame narrative. Le rapiéçage grossier en est d'autant plus hilarant.
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Le doublage "humoristique" est franchement de bas étage, se confondant en gags faciles, purement infantiles. Heureusement, la note n'a pas été poussée jusqu'à la parodie, et l'ensemble du dialogue reste quand même assez sobre pour ne pas déranger.
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Les combats de la fin sont pénibles à un point inimaginable. À un certain moment, on se demande si ce film a véritablement une fin, puisque PERSONNE NE MEURT. Cela aurait aisément pu durer une heure seulement.
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Malgré ses nombreux défauts, Shaolin Dolemite ne peut être vu que comme un ovni absolument débile dans le monde des films de ninja, une oeuvre ambiguë, tiraillée vers de nombreuses avenues sans réel sens, et qui saura déconcerter le fan le plus extrême des films de série B.
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Résumé: Le Hitler chinois assiste à une démonstration étonnante.

Commentaires
Mr.Big Shot ton autre admirateur
20 Jui. 2008, 21:30
J'ai tellement ri en lisant ce texte.
J'ai hâte de lire les autres.
Pat
08 Jui. 2008, 12:33
c'etait INTENSE comme film....
mauvais a un point tel que c'en etait drole
"we just defeated those motherfuckers, now let's go get some fried chicken"
WTF?!!!
mais bon, c'est un tres tres bon film compare a bien d'autre... bien que la
scene finale.... de.... quoi, 45 minutes, est juste chiante
Séb
07 Jui. 2008, 16:01
Des quelques bouts que j'ai vus, j'adore ce film.
Drox ton admirateur
04 Jui. 2008, 23:43
Excellent texte. Il m'a fait bien rire à plusieurs reprises,
particulièrement la description des personnages.
Beau travail.
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