Critiques




   HARD TARGET


   20 AOÛT 1993


   JOHN WOO


   JEAN-CLAUDE VAN DAMME, ARNOLD VOSLOO,
   ET LANCE HENRIKSEN


   LA CIBLE


   CHIASSE À L'HOMME


    1H37


    ACTION





 

 

 







Jonh Woo est un réalisateur chinois qui a passé toute sa "bonne" carrière cinématographique à Hong-Kong, où il a tourné de nombreux films, dont Hard Boiled et The Killer (qui sont devenus de grands classiques d'action). Sa popularité grandissante et l'enthousiasme de plusieurs critiques à son endroit lui ont ensuite permis d'accéder au merveilleux monde d'Hollywood. Seulement, ce transfert de l'Asie à l'Amérique fut fatal, non seulement pour son style, mais aussi pour sa réputation.

Son premier film américain l'a mis au prise avec plusieurs contraintes. D'abord, l'horaire de tournage restreint, l'empêchant de prendre le temps nécessaire pour peaufiner son travail, ensuite les cotes sévères des États-Unis, qui lui ont causé bien des ennuis et l'ont forcé à abaisser le niveau de violence, puis, finalement, le talent de Jean-Claude van Damme.

Pour un film de notre JCVD national, Hard Target est une relative réussite. Pour un réalisateur qui n'a nul avantage à patauger dans les eaux du ridicule, ce film est plutôt une épine dans le pied qui ne cesse de s'enfoncer et de s'infecter...





Chance Boudreaux: Cajun élevé dans un bayou qui traîne maintenant dans un état de semi sans-abri dans les coins les plus retors de la nouvelle-orléans. C'est un ancien soldat spécial qui a (évidemment) des connaissances en kung-fu et qui cherche un boulot dans la ville, à défaut de pouvoir continuer dans la marine marchande car il n'y paie pas ses cotisations syndicales (et qu'il jette parfois le capitaine par-dessus bord).


"Je n'ai besoin de personne, j'ai ma camisole tachée et ma coupe longueuil graisseuse pour me protéger."

Natasha Binder: Femme aux yeux constamment exorbités qui cherche son père qu'elle n'a pas vu depuis vingt ans, deux jours seulement après qu'il ait été assassiné par une organisation secrète. Quelle coïncidence, quand même...


Emil Fouchon: Génie du crime sans cesse en colère qui tue sans remords la plupart de ses collaborateurs. C'est lui qui a mis au point le concept de la chasse à l'homme, et c'est aussi lui qui se fait mettre une grenade dégoupillée dans les culottes à la fin.


Pik van Cleef: Homme à tout faire de Fouchon, admirablement joué par le même type qui fait la momie dans The mummy avec Brendan Fraser. Il est très menaçant en plus d'entretenir quelques louches penchants pour la coupe de lobes d'oreilles aux ciseaux et pour les meurtres par balles à travers un oeil de boeuf.


Oncle Doug: Gros redneck puant qui est vraiment hilarant à voir aller sur un cheval. C'est l'oncle de Boudreaux, qui lui a tout enseigné dans la vie, sauf comment fabriquer des explosifs, comment combattre un crocodile en l'étouffant avec un fusil et comment avoir la précision d'un tireur d'élite avec un arc à flèches en plastique.


La policière: Personnage secondaire dont tout le monde se contre-fout, à commencer par ses proches et amis, qui la laissent fêter son anniversaire toute seule. Malgré l'aide qu'elle apporte à nos héros, ces derniers n'en seront pas tellement reconnaissants, même lorsqu'elle crèvera. Boudreaux préfèrera laisser son cadavre en plein milieu de la route et recouvert d'une couverture sale, en invoquant l'argument ultime: "Elle est morte".
Merci pour la compassion, Boudreaux.






Notre grande mise en scène dramatique commence lorsqu'un gros barbu s'enfuit à toutes jambes dans une ville quelconque, poursuivi par des types en motocyclettes et en voitures armés de fusils, bazookas et arcs (???). Les méchants font pétarader tout leur arsenal dans les rues, font exploser des kiosques et y vont de bruyantes offensives motorisées, sans jamais inquiéter le voisinage ni la police. Nous avons ici affaire à un quartier assez maladif mentalement, entendons-nous...

Toujours est-il que notre ourson sympathique fuit avec de plus en plus d'insistance, et, malgré quelques blessures, parvient presque à atteindre la rivière. Dès lors, on comprend qu'il y a une sorte de jeu entre le fait d'arriver à l'eau et les mécréants qui chassent notre homme. Par contre, nous n'en saurons pas plus immédiatement, car il se fait descendre...

À l'autre bout de la ville, la fille du monsieur en question se fait dérober son sac à main par quatre laiderons sans scrupules. Heureusement, par un regard par une porte vitrée, Boudreaux aperçoit la scène et intervient!


Suite à ce sauvetage inespéré, la progéniture de l'homme décédé juge qu'il est probablement trop dangereux de faire cavalier seul dans cette ville et décide d'engager Boudreaux pour la guider. Ensemble, ils se mettront à enquêter sur les fondements de la disparition du gros barbu, qui a laissé une simple valise derrière lui, contenant des souvenirs et... des pamphlets de phone-sex.

Grâce à cet indice, ils iront interroger le dégueulasse du coin qui leur file des informations sur la bande de criminels qui tiennent une chasse à l'homme organisée. Le but est de recruter des sans-abris sans famille apparente et d'attirer un client fortuné qui a l'envie de chasser du gibier humain, par pur divertissement sanglant. S'ils atteignent la rivière, les clochards se voient offrir la rondelette somme de 10 000$. Dans le cas d'un échec cependant, ils explosent en miettes sanguinolentes...

Les choses se retourneront vite contre Boudreaux, qui est devenu une nuisance trop curieuse et qui est maintenant pris d'assaut par tous ces "chasseurs" professionnels, qui vont ratisser champs et forêts pour le coincer. Après avoir affronté maints motocyclistes figurants et quelques sous-fifres sans envergure, van Damme attirera, avec l'aide de son oncle alcoolique, toute l'escouade de méchants dans une raffinerie abandonnée pour les couvrir de merde de pigeon et éventuellement les tuer! OUAIIIIISSSS!





  • Il est intelligent de fourguer un gâteau d'anniversaire aux chandelles encore allumées dans un tiroir rempli de documents en papiers.

  • Les vieilles décorations de parade en papier mâché sont rembourrées avec des explosifs, juste au cas où une fusillade viendrait à être déclenchée.

  • Il y a toujours un muret de boîtes de cartons vides pour venir appuyer une cascade en moto.

  • Un coup de shotgun à bout portant en pleine tête laisse le crâne quasi intact.

  • Les motocyclettes ont un pilote automatique qui permet de les utiliser comme une planche de surf.

  • Il est préférable de prendre une vingtaine de secondes pour désarmer une grenade plutôt que de simplement la relancer plus loin.

  • Quelqu'un capable de décapiter un serpent en tirant de loin est cependant inapte à viser un vieillard obèse qui s'enfuit à cheval en plein milieu d'un champ sans obstacle.

  • Il est possible d'armer un pistolet 9mm tout à fait normal avec des balles anti-char explosives.

  • Les coupes longueuil sont ininflammables.





  • Restez stupéfaits devant un combat à mains nues engagé entre Chance et... un serpent! L'attrapant d'abord avec ses mains en faisant une feinte verbale (comme si le lézard allait s'en rendre compte...), Boudreaux lui assène ensuite un coup de poing fluet pour l'assommer promptement! Puis, le tout devient véritablement loufoque lorsque van Damme croque la queue du serpent et l'arrache, pour ensuite concocter un piège tiré par les cheveux, où, actionné par le pas d'un méchant dans un endroit quelconque de la forêt, un fil habilement camouflé par une longue vigne en plastique ira irriter la queue du serpent endormi. Ce dernier ira évidemment sauter à la figure du malfrat et l'empoisonner à mort! Fouchon, en furie, déclarera colériquement: "L'enfoiré!".


    Serpent en caoutchouc? Mais qu'est-ce que vous insinuez?

  • Assistez avec intérêt à la première attaque de Boudreaux, qui se révèle être d'une violence inouïe! En plus de péter le bras d'un vil sbire "à la Seagal", il projette un type au travers d'une vitre d'un coup de pied qui l'effleure à peine et casse la bouteille d'un autre de ses assaillants sur sa propre tête! Évidemment, le tout est effectué en pleine rue, avec personne pour intervenir ou téléphoner aux forces de l'ordre. Même le propriétaire du bar semble se foutre que sa vitrine vole en éclats. Sacré quartier!

  • Découvrez qu'il est bien malheureux d'être réveillé en pleine nuit par un coup de poing à plat style ninja sur notre ventre pendouillant, surtout si c'est pour être ensuite jeté hors du lit à coups de pieds et d'insultes (gros lard plein de merde!) et être amené à genoux pour subir l'ablation d'un lobe d'oreille. Ça gâche un peu la qualité de la nuit de sommeil, disons.

  • Devenez catatoniques à la suite de l'hilarant visionnement de la cascade la plus impossible du monde, mettant en vedette van Damme qui percute un véhicule en motocyclette (en faisant un face à face, déjà...), glisse sur le toit dudit véhicule, exécute une roulade (tout en s'interchangeant avec un cascadeur qui ne lui ressemble pas), retombe sur ses pieds, puis tire dans le réservoir d'essence qui explose majestueusement, avant d'exprimer sa joie avec un titanesque "Ouaiiiiiiisss"!





  • "- Pourquoi t'appelles-tu Chance? - Parce que ma mère avait de la veine..." Quelle douce mélodie, n'est-ce pas? Devant des dialogues d'une lourdeur psychologique importante, il ne reste comme alternative que le rire et le popcorn, je vous l'assure! Le film n'est qu'une succession de discussions louches et de situations improbables, qui sauront inévitablement plaire.

    Tous les personnages ont un petit côté extrêmement ridicule, ce qui décuple le ridicule déjà existant dans le scénario (vraiment, l'impossibilité de ces tueries en plein milieu de la ville, je n'en reviendrai jamais). Le fait que van Damme campe un espèce de Cajun qui prise les poursuites à cheval alors que ses ennemis utilisent des roquettes du haut d'un hélicoptère n'aide pas vraiment non plus à installer un climat sérieux!

    Les scènes d'action, même si elles sont un peu laissées en plan, sont tout de même satisfaisantes. C'est quand même un maître en la matière qui s'exécute.

    Toutes les marques de commerce de John Woo sont ici utilisées outrancièrement! Les plans à l'extrême ralenti, la musique qui détonne avec le propos (du gros country suintant à la CCR), l'abondance de types casqués de noir qui enfourchent la motocyclette (ces gardes anonymes semblent vraiment sortir d'une production à la chaîne...), tout cela contribue à alourdir l'atmosphère et à gâcher un peu le dynamisme du film. Bref, je ne crois pas que l'univers de Woo et van Damme soient compatibles.

    La scénario, sans réel but, ne parvient pas vraiment à nous accrocher et à nous attacher. Ultimement, on se fout bien de qui va mourir ou survivre. Le fait de voir Doug être sauvé par sa flasque de cognac après avoir été poignardé par une flèche me rappelle les 100 autres films dans lesquels quelqu'un survit d'un coup pseudo fatal en portant un objet dans une poche au niveau du coeur. Notre intérêt est difficilement captable, et ces clichés surutilisés n'appuient pas efficacement les scènes d'action.

    En somme, le film est trop long, pas assez sanglant, et subit les affres d'un montage chié à la va-vite par un studio plus préoccupé par la censure que par la qualité du produit.

    Malgré quelques bons points, la divertissement s'éparpille avec une certaine parcimonie dans l'heure et demie que dure Hard Target, sans jamais réellement décoller, mais sans jamais réellement nous assommer non plus. Pour fans avertis de Jean-Claude, ou pour passer un bon petit moment lorsque l'ennui tenaille. Mais sans plus.





    Cliquez sur l'image pour visionner l'extrait.

    Résumé: Hey, pigeon!




    Commentaires

    Elfie
    17 Déc. 2007, 07:05
    Je t'appuie! Au pire, il reste à rire de sa coupe Longueil!
    Séb
    17 Déc. 2007, 01:54
    Me tanerai jamais de ce film-là!
    Van Damme y est pas mal à son meilleur tant qu'à moi.
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