Critiques




   DEATH WARRIOR


   1984


   ÇETIN INANÇ


   CÜNEYT ARKIN


    1H15


   ÖLÜM SAVASÇISI (EN TURC)


   ACTION/NINJA/ÉSOTÉRISME PSYCHÉDÉLIQUE





 

 

 







Suite à la deuxième guerre mondiale, la Turquie connaît un boom cinématographique sans précédant. Ayant dû se contenter de quelques productions ponctuelles par les seules grosses compagnies existantes durant la période avant 1950, la population est maintenant prête à aller dépenser des millions pour aller voir les films Turcs. Flairant la bonne affaire, des dizaines de réalisateurs et de producteurs se sont mis à l'oeuvre, et l'industrie a tout à fait changé de créneau. L'importation de films européens et surtout américains devait maintenant baisser le pavillon devant une pluie de nouvelles oeuvres turques qui balayait tous les genres, allant du film politique sérieux et artistiquement réussi jusqu'à la plus pâle copie de film américain sans esthétisme.

Au début des années 70, la Turquie sortait plus de 300 films annuellement. Il était évident que tôt ou tard, cette progression fulgurante allait chuter ou frapper un mur!

Cela se produisit au milieu des années 70 justement, avec une migration de l'auditoire vers la télévision, environnement plus propice au divertissement à bas prix. Conséquemment, les budgets pour le cinéma durent être grassement charcutés, ce qui donna également une plus grande place aux séries B.

Cuneyt Arkin, grande star de films d'action qui a aujourd'hui joué dans quelques 308 films, refusa d'arrêter sa carrière par simple caprice monétaire. De 1975 au début des années 90, c'est à dire durant la période sombre du cinéma, il continuera de jouer dans des déchets à petit budget d'un ridicule presque effronté. Fort d'une formation dans une compagnie de cirque russe, il pouvait réaliser toutes ses cascades et abuser de manière éhontée du non-subtil saut à la trampoline pendant ses combats à l'écran.

Avec son bon copain Çetin Inanç avec qui il échangeait souvent des idées (Cuneyt écrivait et réalisait pour le cinéma également), il donna naissance à quelques uns des plus absurdes monuments de toute l'histoire de l'industrie cinématographique.

Ce Death Warrior (Ölüm Savasçisi), suite plutôt malhabile et confuse de The last warrior (Son Savasçsi) sorti deux ans auparavant, est certainement une des pires (et des plus délectables) manifestations ridicule du duo, avec entre autres The man who saved the world (Star Wars turc - Dünyayi Kurtaran Adam), The Biggest Fist (En Büyük Yumruk) et Lion Man (Aslan Adam), qui ne sont cependant pas tous réalisés par Cetin.





Inspecteur Kemal: Policier chevronné qui passe rarement 5 minutes sans assommer quelqu'un avec une prise de kung-fu. Il cherche à percer le mystère du chef ninja et à mettre tous ses combattants hors d'état de nuire.


Maître Ninja: Méchant par excellence qui mène un camp d'entraînement ninja interminable où il montre l'art de décocher des flèches à la vitesse de la lumière et où il assassine à peu près le quart de son armée pendant les exercices. Définitivement intelligent.


Les Ninjas: Mythiques soldats de l'ombre qui se téléportent un peu partout avec leurs sabres en carton pour tendre des pièges aux humains et donner vie aux plantes.


Blonde stupide: Copine insipide de Kemal dont le rôle est limité à se montrer en maillot de bain et à se faire attaquer par un pigeon décapité.

Motards: Obèses en bedaine qui n'ont pas de motocyclettes et qui sèment la terreur dans un champ inhabité, traquant ceux qui y passent pour les faire participer à leur club de combat.






Un groupe de ninjas masqués (de tissus faciaux aux trous effilochés) se rassemblent sur un terrain vague autour de leur maître pour le défier à l'entraînement. Ce dernier a un bandeau sur les yeux pour s'aveugler, et parvient tout de même à leur botter les fesses, avec des coups agrémentés d'effets sonores de bouche imitant des bruits électroniques. Avec cette présentation, il est dès lors établi que ce maître ninja est pratiquement invincible et qu'il ne peut avoir qu'un seul but: conquérir le monde (la Turquie).

Malheureusement pour lui, l'inspecteur Kemal, joué par le célèbre Cuneyt Arkin, fait du karaté en accéléré et vole tel un faucon surplombant la lande! Outre mettre des savates en pleine gueule de quelques sbires qui se téléportent dans sa cuisinette de fortune, Kemal s'entraîne avec des ruades médiévales en motocyclettes pendant lesquelles il assomme ses ennemis en faisant des wheelie. Un tel combattant opposera vraisemblablement un arsenal varié contre le vil ninja vu précédemment!

Pendant que notre prémisse tisse la suite des confrontations, d'autres situations intenables se développent. Un moustachu seul dans sa maison se fait poursuivre par la caméra à la manière du monstre de The Evil Dead (ce qui conférera le sobriquet Turkish Evil Dead au film par certains) et hallucine des ninjas qui se cachent derrière des murs en papier ou qui se téléportent d'un cadre de porte à un autre. Se faisant tuer à chacune de ses présences à l'écran, notre moustachu parvient quand même à tenir son bout lorsqu'il s'agit de frénétiques guerres de regard, mais devra s'avouer vaincu devant les attaques aux sabres mous. Heureusement, Kemal est là pour mener la partie physique des combats.

C'est ce qu'il entreprend à l'orée d'une forêt lors d'un guet-apens de ninjas hypocrites qui surgissent de sous terre, en les bombardant de bicycle kicks syncopés! Il y récupère une nouvelle greluche à séduire et se prépare pour la bataille finale, qui promet d'être épique, car notre ami Kemal devra vaincre l'armée des ninjas à lui tout seul, simplement muni de sa force virile et de ses embardées kung-fu-esques mémorables.




  • Les sabres turcs se manient à peu près comme des nunchakus, ce qui fait qu'on peut les faire tournoyer de manière endiablée autour des poignets sans trop de difficulté.

  • En Turquie, les sirènes de police sont si anciennes qu'elles sautent à la manière d'un disque trop égratigné qui ne veut plus jouer en continu.

  • Les méchants ayant tout le temps voulu pour tuer leur proie lâchent immédiatement prise lorsque le héros se pointe pour engager le combat avec eux. Tuer le prisonnier et affronter le héros ensuite n'est jamais envisageable, pour une raison bien obscure.

  • Il est fréquent dans les démonstrations ninja de lancer une demie allumette tellement fort qu'elle pénètre dans un tronc d'arbre.

  • Utiliser sa force mentale pour faire voler une roche et la garrocher sur un épouvantail pour qu'elle explose comme une bombe mérite qu'on célèbre en sautant à plusieurs reprises dans les airs en scandant "Yay! Yay! Yay!".

  • Se pratiquer à lancer des coups dans le vide provoque des bruits de coup de poing cartoonesques.

  • Lancer des sbires dans des tas de bois aléatoires constitue un souvenir impérissable.

  • Le bruit qui est émis lorsque l'on met le pied sur du gazon ou des feuilles mortes est un assourdissant (et agressant) chiffonnement de papier, qui ne veut jamais prendre fin.





  • Faites une rupture d'anévrisme devant une scène d'une absurdité ultime, alors qu'un type se met simplement un vinyle sur le tourne-disque, pour ensuite le voir être démembré en gros morceaux, en tournant toujours sur la plaque. Nous soupçonnons tout de suite les ninjas. Pourquoi sont-ils venus saboter sa musique? Ont-ils une dent contre le "dance"? Nous n'avons pas le temps d'en apprendre plus lorsque, simultanément, les fusibles lâchent, un miroir explose sans raison et une patte griffue s'extirpe du foyer pour faire des "ta-ta" dans la pénombre. Je n'y comprends rien...

  • Sachez vous méfier des créatures qui carburent à la chlorophylle! À un certain moment, les lierres deviennent animées et s'introduisent dans les pantalons de deux moustachus qui n'avaient rien vu venir et qui se font rapidement étrangler (sans pouvoir déchirer une simple plante)!


    Ha! L'arroseur ar... étouffé.

  • Vivez l'ultime expérience psychédélique! Voyez une chaise berçante bouger toute seule, un oeil de femme se transposer en crêpe de batracien sauvage ainsi qu'un obèse en tunique se tordre devant un décor jaune!


    Bouhhhhhh!

  • Découvrez un couple coquin qui se fait surprendre en maillot de bain par les ninjas et qui opte pour la défense ultime: se crisper les bras dans les airs en effectuant une majestueuse mimique de terreur. Le garçon sera découpé au sabre (comme en témoignent les grosses lignes au crayon rouge sur ses avants-bras et son cou) tandis que sa dulcinée sera mollement noyée sous de tonitruants cris de sorcière.

  • Admirez l'intensité d'un combat endiablé, ponctué de coups de lames à plat dans' face, de sauts de grenouille maladroits, de chorégraphies malhabiles (passer dans le vide à 1 mètre, feintes ridicules...), de bruits de sabre vraiment irritants et répétitifs (au moins deux fois plus fort que la piste sonore normale du film), de coups d'épée en saut de jumping jack, de roulades simultanées à la "cirque du soleil" et de sauts de trampoline en côte à côte!

  • Restez béats devant l'ultime feinte du méchant déclassé qui risque le tout pour le tout en usant de sa roche explosive, simplement pour la voir repoussée d'un coup de poing et revenir vers lui! Ce qui s'en suit est probablement le pire usage de mannequin enflammé de toute l'histoire du cinéma, avec ce gros épouvantail brûlant qui se fait taper dessus à coups de bâton par Arkin et qui revient toujours debout à la manière d'un bozo le clown gonflable! Du bonbon.






  • Les combats, qui suivent à la lettre la mode pop turque, sont complètement déments, autant dans la vitesse que dans le ridicule des prises exécutées. Du grand art!

    Chaque personnage est articulé sans finesse et avec des débordements hilarants. Les faciès et les exagérations dans tous les gestes vous feront tordre de rire à plus d'une reprise.

    Certains extras incompréhensibles (la momie de papier mâché qui attaque un type à coups de paume, la crêpe de grenouille qui gicle sur le mur, les téléportations multiples) rendent le visionnement encore plus saugrenu, et par le fait même, plus divertissant!

    Le seul réel point faible de ce film est la qualité de son image. À une certaine époque, il n'y avait aucun réflexe de conservation culturelle en Turquie, ce qui fait que les négatifs de la plupart de ses oeuvres anciennes ont été détruits pour en extraire je ne sais trop quoi. Toujours est-il qu'ici nous avons affaire à une image vraiment grossière, provenant probablement d'une VHS usée à la corde. Dommage!

    Un monument mémorable, une pièce d'anthologie du ridicule qui se classe dans les meilleurs films internationaux (hors Amérique du nord) à jamais avoir fait impact. Assurément un grand cru turc, parmi ses plus majestueux porte-étendards!





    Cliquez sur l'image pour visionner l'extrait.

    Résumé: Voilà pourquoi il ne faut jamais défier un bad-ass turc.




    Commentaires

    Elfie
    08 Jan. 2008, 17:20
    Je veux des gants en or!
    Séb
    06 Jan. 2008, 23:51
    Si j'avais les ailes (en carton) d'un ange, je partirais pour, la TURQUIE!
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