Plusieurs considèrent à tort qu'Ed Wood est le pire réalisateur ayant jamais existé. Conspué à chacune de ses premières, il est rapidement devenu l'emblème parfait du type un peu niais qui s'embarque dans une entreprise trop grande pour lui. Scénariste de peu de talent, Wood ne parvient qu'à rendre ses dialogues ineptes un peu plus pénibles par le truchement d'une présentation matérielle déficiente (décors en carton, monstres de caoutchouc peu crédibles, soucoupes volantes aux fils facilement discernables) et par son parti pris pour une brochette d'acteurs incapables d'infuser une dose de naturel à leur jeu.
Malgré tout ce manque de moyens et son talent limité, Wood a mené chacun de ses projets cinématographiques à terme avec un enthousiasme qui faisait presque oublier qu'il croupissait alors dans les pires boîtes de production d'Hollywood. Wood savait où il voulait aller et s'y rendait sans hésiter, et toute cette spontanéité a donné un charme et un style à ses films, une empreinte typiquement "Ed Wood". Ceux qui proclament qu'il fut le pire de tous les temps devraient donc regarder du côté de ces réalisateurs sans inspiration qui travaillent pour l'argent dans des boîtes indépendantes à saveur d'horreur bâclé et de porno soft, plutôt que vers celui qui a été immortalisé par Tim Burton comme étant un réalisateur à la fois fou et attachant, doté d'un enthousiasme qu'aucun obstacle ne parvenait à éroder, et dont les productions certes ridicules parvenaient à devenir mémorables.
Bride of the monster, l'opus que je préfère dans toute la filmographie d'Ed, est l'exemple criant d'une démence sympathique qui procure un certain cachet au film réalisé et qui l'empêche ainsi de sombrer dans l'oubli.

Docteur Eric Vornoff: Scientifique fou (forcément) qui a été chassé de son pays d'origine à cause de ses expériences illégales. Maintenant qu'il a découvert comment donner une superforce atomique à ses sujets de laboratoire, il souhaite lever une armée d'"atomic supermen!" afin de conquérir le monde. Rien de moins!

Hey, veux-tu une bouchée d'"atomic super dinde"?
Lobo: Garde du corps obèse qui porte en permanence des lentilles de contact opaques pour effrayer ses ennemis. Cet aveuglement le force à avancer de manière très approximative en tâtonnant tout ce qui l'environne et en semblant craindre à tout moment de frapper tête première contre un coin de mur.
Janet Lawton: Cruche niaise qui décide d'investiguer par elle-même les récentes disparitions autour du lac où réside le Dr. Vornoff. Elle sera rapidement capturée et livrée en pâture aux expérimentations les plus tordues, pour ensuite être secourue par un fétichiste des gilets en "minou".
Dick Craig: Buveur de café invétéré qui mène la partie physique de l'enquête grâce à ses gros mucles poilus. Sera cependant terrassé par une prise de lutte de Lobo et cadenassé au mur comme une simple fillette. La graisse gagne contre les muscles, apparemment.
Professeur Vladimir Strowski: Ancien congénère de Vornoff qui profite d'une mission de la police pour tenter de ramener ce dernier dans son pays d'origine afin de partager ses découvertes. Vornoff refusera et fera jeter Strowski dans un amoncellement de tentacules molles...
Tom Robbins: Chef de police peu consciencieux qui passe le plus clair de son temps à jouer avec son oiseau, nourrir son oiseau, balancer son oiseau sur les branches de ses lunettes et parler à son oiseau, plutôt que de s'occuper de broutilles comme aider les citoyens et résoudre des affaires de meurtre.
Deux chasseurs qui traquent leurs proies en pleine nuit (???) sont surpris par la pluie et doivent se chercher un abri. Ils optent évidemment pour une vieille cabane lugubre qui surplombe la forêt sur son pic sans cesse éclairé de manière inquiétante par la tempête. En chemin, nos deux amis s'entretiennent très subtilement sur le sujet du film avec des phrases qui s'approchent de "Dis moi, crois-tu à la fameuse légende du monstre qui devrait rôder dans les parages?" et qui ne sous-entendent surtout pas que nous verrons ledit monstre moins de deux minutes plus tard...
Les chasseurs vont donc frapper à la porte de la baraque inconnue et se font ouvrir par un scientifique louche à l'accent terriblement hongrois qui répond de manière robotique. La pluie battante résonne à un point tel que les acteurs se doivent de crier pour être entendus, mais nous ne manquons pas grand chose, sinon que les chasseurs tentent de se faire inviter à l'intérieur, invoquant des risques de pneumonie.
C'est ce moment que choisi le gros Lobo pour faire sa première apparition, ce qui n'impressionne guère nos deux héros chevronnés qui déclarent sans émotion "Oh, le monstre... Faut bien croire le journal de temps à autres!", mais qui ont quand même la brillante idée de s'enfuir, pour cependant atterrir à un bien mauvais endroit: entre les tentacules d'une pieuvre géante féroce, issue des expériences de Vornoff, qui tente de mettre au point une armée de créatures géantes qui l'aideront à conquérir le monde!
Un peu plus loin, nous apprenons qu'un des chasseurs est tragiquement décédé dans cette attaque et que l'autre est maintenant utilisé par Vornoff pour ses expériences, qui consistent à électrocuter les gens en leur foutant un bol d'aluminium affublé d'ampoules pseudo technologiques à l'envers sur la tête.
Le lendemain matin, les autorités apprennent les disparitions en lisant leurs journaux et décident d'investiguer. Ils envoient toutes leurs troupes se faire capturer dans la forêt et se faire dévorer (c'est relatif...) par la pieuvre. Le tout semble sans issue, jusqu'à ce que Lobo, excédé de toujours devoir refouler son fétichisme des gilets angora, explose de colère et oblige le docteur à subir ses propres expériences!
Malheureusement, ce dernier devient atomique à son tour (mais pas géant... allez savoir) et devra se battre contre tous les policiers de la ville (3), sa propre pieuvre géante ainsi qu'une grosse roche en styromousse poussée par Dick s'il entend mener à bien sa conquête du monde!

Être atomique = avoir de la croûte faciale.
Les journaux savent déjà tout sur un monstre en cavale (bien avant la police même!) dès le lendemain de sa première manifestation, et peuvent en fournir des descriptions plutôt exhaustives, sans toutefois pouvoir déterminer, même approximativement, dans quelle région il se trouve.
Vérifier le pouls se fait simplement en regardant l'esthétique extérieure des mains, sans y toucher.
Les passages secrets situés dans les bibliothèques sont si surutilisés que les plus naïfs inconnus les découvrent en un tournemain.
Il suffit de sentir l'embout du canon d'une carabine pour deviner combien de balles ont été tirées récemment.
Les gorilles qui pointent les gens avec des cigarettes préfèrent qu'on devine leur nom.
"S'il vous plaît" ne constitue pas un argument suffisamment convainquant pour abandonner tous ses outils visant à conquérir le monde à un rival.
Les bedaines font de très efficaces gilets pare-balles.
Les éclairs sont atomiques et provoquent des explosions à la Hiroshima dès qu'elles touchent le sol.
Découvrez toute la beauté de la décoration de laboratoire en lorgnant une multitude de boutons, jarres, leviers, fioles loufoques, tables d'examens et pots de médicaments ainsi qu'en vous émerveillant devant l'élément principal de tout environnement de sous-sol de scientifique fou: le mur de fausse pierre en carton devant lequel des éprouvettes remplies de liquides multicolores produisent de la fumée et où s'emboîtent des consoles parsemées de graphiques pixelisés.
Saisissez toute l'horreur d'être à 5 mètres d'un serpent accroché à un arbre et criez au secours en choeur avec la pauvre Janet Lawton, avant de soupirer d'aise lorsque Lobo arrive maladroitement et empoigne ledit serpent (en caoutchouc) pour le balancer tête première sur le tronc.
Voyez une confrontation titanesque entre un crocodile de "stock footage" de documentaire et Dick qui tombe dans un trou de branches et de boue et qui se met à tirer une dizaine de fois devant lui avec son pistolet. Une belle manière de remplir quelques minutes en confrontant deux ennemis qui ne seront jamais dans le même plan, faute d'avoir existé en même temps.
Subissez un éventail de tortures ingénieuses dans l'antre du monstre, notamment une hypnose déclencheuse de sommeil, une électrocution au bol de cuisine et un service de déjeuner au lit par un gorille grimaçant qui se fait fouetter sans conviction pour ses mains boudinées qui se baladent un peu trop.

Hey les gars, vous avez oublié votre mélange à crêpe au fond du bol!
Admirez deux combattants à l'oeuvre alors que Lobo et le Vornoff atomique se balancent des tables par la tête et s'éclatent des bouteilles de vitre sur les tempes! Le viril Dick sera de son côté complètement évanoui, mais se réveillera spontanément lorsque le suspense sera assez tendu et ira secourir la belle pendant que Lobo fait des flammèches en touchant à un néon en apparence inoffensif.
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L'art d'Edward Wood est ici à son sommet! Dialogues mauvais, tentatives de gags ratés (notamment avec un personnage de policier "drôle" qui pète les plombs à chaque évocations de son nom), effets spéciaux médiocres au possible (tous les acteurs doivent eux même bouger les tentacules de la pieuvre, ce qui est passablement hilarant!) et personnages tirés par les cheveux peuplent ce monde surréaliste! |
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Les performances des acteurs, jamais en nuances, sont une constante source de divertissement. Lobo remporte facilement la palme avec ses mimiques de gros jambon ultra exagérées.
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Le monstre (la pieuvre géante) est d'un raffinement artistique indescriptible! Le fait que les acteurs s'écrasent dedans et roulent frénétiquement sur eux-mêmes en agitant les tentacules partout nous séduit à coup sûr, d'autant plus que tous les autres plans de la pieuvre qui bouge sont issus d'un documentaire sur la vie sous-marine.
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Évidemment, avec un film d'Ed Wood, on obtient automatiquement une panoplies de longueurs pas toujours nécessairement amusantes. Plusieurs sont d'un pénible peu commun et parviennent à secouer même les cinéphiles les plus endurcis. |
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L'unidimensionnalité du scénario et des monstres fait de cet opus une oeuvre beaucoup moins éclatée que Plan 9 from outer space, et donc un objet moins sujet à se confondre en absurdités. |
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Un film nécessairement monumental pour tous les fans déjà conquis d'Ed Wood et pour tous ceux qui sont curieux envers la véritable ineptie cinématographique, mais qui pourrait s'avérer fatal pour ceux qui ont peur des longueurs et des affres du mauvais, avec tout ce que cela comporte en subtilités!
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Résumé: Ahhhhhhhh! Ahhhhhhhhh!...

Commentaires
Ichneumon
26 Jan. 2008, 14:14
Hey, une chance que je t'ai déjà fait remarquer que tentacule était un nom
masculin sinon t'aurais pu...j'sais pas moi...écrire ''tentacules molles''
dans cette critique.
The Flying Monsieur
22 Jan. 2008, 16:46
C'est drôle que tu sorte cette critique aujourd'hui, j'viens justement de
m'acheter le film Ed Wood de Tim Burton ^^
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