Blood Feast n'est pas un chef-d'oeuvre, le réalisateur avouant lui-même que les défauts y étaient flagrants et irrémédiables. Malgré tout, cet opus représente la première manifestation du cinéma gore sur nos écrans de cinéma. En effet, c'est une oeuvre phare, l'éclosion d'un nouveau genre, où on ne suggère plus la violence, la mort, le démembrement, mais où on nous montre tout dans les moindres détails, quitte à ce que cela soit au détriment du réalisme du film. Le gore se distingue également par sa perversion vis à vis cette violence, cette déconstruction anatomique, allant souvent jusqu'en en faire l'aboutissement des scènes, ancrant toute la tension et ficelant l'intrigue autour des effusions d'hémoglobine et des membres arrachés.
Donc, en guise d'entrée en matière, un petit volet d'histoire sur le cinéma gore s'impose!
LA PETITE HISTOIRE DU GORE: Le sang a en fait été présent sur les écrans dès le début du cinéma, alors que le français d'origine (et québécois d'adoption) Georges Méliès a eu l'audace d'intégrer des chemisiers tachés de sang dans ses spectacles cinématographiques aussi tôt qu'en 1899! Oh oui, il a osé, le cochon!
Puis, David Griffith montrera une décapitation et la perforation d'un torse par une lance dans son film en 1916. Mais le tout n'était qu'une prémisse à la première scène réellement gore réalisée par Luis Bunuel dans un projet où participait Salvador Dalì (Un chien andalou, 1929) alors qu'un oeil était transpercé par une lame de rasoir! La scène était à l'époque criante de réalisme et a probablement fait grincer les dents de plusieurs matrones (mais pas autant que le crash boursier qui leur empêcha de se procurer leurs pantoufles en peau d'enfants du tiers-monde, par contre!)...
Plus tard, des films comme Frankenstein Unbound et Le cauchemar de Dracula incorporeront des mains coupées, du tripotage de cervelle et des filets de sang, mais rien de comparable à ce qu'on pourrait appeller du gore aujourd'hui. D'autres productions s'en sont davantage rapprochées, notamment Maniac (1934), Eyes without a face et The brain that wouldn't die. Cependant, toutes les scènes sanglantes contenues dans ces oeuvres étaient sporadiques et accessoires, donc peu importantes. Pour voir l'aspect sanglant poussé à bout, pratiquement comme une fin en soi, il faudra effectivement attendre Blood Feast, en 1963!
Ce sera donc de cette production culte que je traiterai plus précisément... en tentant de vous convaincre de ne jamais la voir!

Fuad Ramses: Restaurateur égyptien aux cheveux manifestement peinturés à la canne qui honore une déesse machiavélique le poussant au meurtre.

Pete Thorton: Policier séducteur qui fera toutes les missions de terrain afin de découvrir l'individu qui décime les jeunes filles de la ville. Il tombera amoureux de Suzette, qui semble être au moins de 20 ans sa cadette.
Suzette Fremont: Candide adolescente qui ne sera pas trop quoi faire lorsque les mains baladeuses
d'un vieil homme titilleront son corps vierge. C'est également le personnage typiquement féminin des années 60: pur, faible, vulnérable, pleurnichard, attendant toujours que l'homme s'impose comme le sauveur de la situation. Bref, elle passera probablement sa vie entre le lavage, le repassage, la préparation du souper et le décapsulage de bouteilles de bières pour son mari bedonnant.
Dorothy Fremont: La mère de Suzette qui veut organiser une fête gigantesque pour cette dernière, avec des plats exotiques jamais présentés auparavant. Elle aura cependant une notion bien étrange des fêtes gigantesques, alors que moins d'une dizaine de convives seront présents et qu'ils sembleront à peu près tous se foutre de l'anniversaire de Suzette.
Frank: Chef policier qui ne bougera qu'une seule fois de sa chaise durant le film (pour
aller pisser). Autrement, il ne fera qu'être assis au même bureau peu crédible à beugler des ordres et à émettre des hypothèses absurdes à propos des meurtres. Finalement, nous pouvons le considérer comme complètement inutile. Je n'en ferai donc plus jamais mention. Promis.
Un traiteur égyptien issu d'une longue lignée d'extrémistes religieux profite de la demande d'une fête égyptienne spéciale par une cliente pour organiser un repas sanglant à l'honneur de la déesse Ishtar. Pour ce faire, il doit compter sur la réserve de viande fraîche de la ville et la puiser à même les jeunes filles afin de garnir ses plats...
Il devra également trouver deux personnes à sacrifier, dont une servira de médium pour le retour d'Ishtar sur terre, rien de moins! Cependant, l'autel sacrificiel sera vite surveillé par les policiers de la ville qui se fondent sur des spéculations et des corrélations boiteuses pour mener leur enquête! Ramses, l'adorateur d'Ishtar en question, devra donc user de nombreux stratagèmes afin de pouvoir cuire ses victimes en paix.
Il sera également confronté à des proies plus coriaces que prévu (les Fremont) et à un détective particulièrement malin qui prend justement des cours sur l'occultisme égyptien (et dont le dernier a justement porté sur Ishtar... non mais quelle coïncidence quand même!).
Puis, ultimement, à force d'affrontements avec ses ennemis, Ramses finira écrabouillé au fond d'un camion d'ordure qui attendait justement que l'on tombe dedans en plein milieu d'un champ désert...
Un tueur se doit de choisir les gens de quel sexe il tuera, car il ne peut pas être un tueur mixte. Ainsi, il sera aisé de prévenir la récidive: si une femme décède sous l'attaque d'un maniaque, il suffira d'apposer un couvre-feu aux autres pour pouvoir dormir en paix. Les hommes, eux, pourront aller et venir comme bon leur semblera.
La réaction spontanée d'une personne devant l'annonce d'une tuerie est de plaquer ses mains contre ses joues. Voilà qui est naturel!
Il est possible d'être assis dans un bain les yeux ouverts et d'être incapable de voir venir un agresseur armé avant qu'il ne soit à portée suffisante pour nous tuer.
Les résidus de poignardage ressemblent étrangement à des carrés de gélatine colorés en rouge.

Même le tueur a l'air surpris!
La meilleure technique pour transpercer quelqu'un de toutes parts avec une arme tranchante serait apparemment de la tenir de manière horizontale et de monter/descendre sans grande conviction. L'effet de réalisme sera accentué si la main crispée de la victime descend lentement sur le mur au même moment.
Les potions étranges brassées en marmites se doivent d'émettre de la fumée.
La langue est en réalité un muscle qui fait 40 centimètres et qui provoque une mort instantanée lors d'une ablation.
À l'hôpital, une femme à l'état stable dont le coeur cesse de battre est automatiquement déclarée morte, sans tentative de réanimation. De plus, les gens autour vont soupirer en déclarant qu'elle n'avait pas de chances de s'en sortir alors qu'elle semblait clairement en santé tout juste avant!
Interrompre sa lecture sur le bord de la piscine prévient les attaques d'ombres meurtrières.
Devenez complètement déboussolés devant une alternance continuelle entre le jour et la nuit, alors que Pete et Suzette se rendent près d'une falaise en automobile en affirmant qu'il fait nuit (mais où il fait manifestement soleil!) et où s'alternent les plans entre le midi, la soirée et la fin de journée! Décidément à ne rien y comprendre, à moins bien sûr qu'ils soient restés à cet endroit deux jours durant à notre insu.
Désespérez devant des caractéristiques de personnage inutiles en vous apercevant que l'on assigne à celui qui effectue le plus de déplacements dans le film une blessure à la jambe qui le fera boiter comme un imbécile tout au long de ses pérégrinations, ce qui le fera donc prendre un temps considérable à arriver à chacune de ses destinations. Chaque segment où il passe deviendra donc une torture potentielle! Génial!
Assistez impuissants à la pire scène de fouettage de l'histoire du cinéma, dans laquelle le mécréant qui fouette la pauvre femme use MANIFESTEMENT d'un bâton auquel a été agrafé de grandes lanières de vadrouille préalablement imbibées de sang! Non seulement notre personnage diabolique ne met pas beaucoup de conviction dans ses coups, mais le matériel de "moppe" fait éclabousser le jus rouge là où il ne devrait pas, c'est-à-dire jusque dans les rideaux! Nous pouvons à partir de ce moment tirer deux conclusions potentielles: soit tout ceci est d'un ridicule sans bornes ou bien les rideaux sont des êtres vivants qui saignent!
Pouffez devant une idole représentant une déesse vénérée par des milliers d'hommes qui se révèle en fait comme étant probablement un mannequin de boutique de vêtements bon marché peinturé or et maquillé grotesquement.
Ça facilite la prise de photos: le toc ne reflète pas la lumière du flash.
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Le fait que ce soit le premier film gore donne un certain cachet à ce film, et cela fait en sorte que plusieurs personnes désirent le voir. Par contre, sans cette valeur historique, il y a fort à parier que ce film serait tout à fait oublié aujourd'hui...
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C'est un peu drôle par moments. Il y a de nombreux trous dans le scénario et les dialogues sont risibles à un point inimaginable. Rien pour se taper sur les cuisses, rien pour rire non plus: cela vous soutirera quelques sourires, tout au plus.
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Malgré l'époque, le gore est surprenant! Quelques pièces bien réalisées, particulièrement pour la jambe coupée dans le bain!
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Il n'y a simplement rien de notable. Un peu à la manière de quelqu'un qui regarde une plante pousser, nous ne parvenons à discerner rien qui soit particulièrement digne d'intérêt dans le film. L'histoire défile, mais ultimement, on s'en fout.
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Les dialogues risibles, bien que sympathiques au départ, deviennent vite énervants, insipides, horripilants. En plus de narrer à peu près tout ce qu'ils font, les personnages ne connaissent pas la subtilité. Un exemple particulièrement probant est lorsque Ramses affirme qu'il est prêt depuis "très longtemps" pour son festin, avec un sourire étrange et tout en se frottant les mains... La scène est presque surréaliste. On avait compris qu'il y avait anguille sous roche, nul besoin de nous l'enfoncer dans la gorge à coups de pioche!
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La trame sonore est nulle, mais nulle au point où ça peut rendre désagréable certaines scènes. Je ne parle pratiquement jamais de la bande sonore, mais ici ça a vraiment retenu mon attention. De la musique d'orgue à profusion, et surtout, des maudits tambours réguliers et agressants. Argh!
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À un certain moment donné dans le film, il y a une ombre diffuse qui apparaît et qui fait un mouvement vaporeux d'aiguille d'horloge qui passe du temps. C'est pour illustrer qu'il y a une ellipse, mais c'est tellement pas clair, tellement mal rendu au montage, qu'on se demande si on vient de rêver cette espèce de représentation d'horloge hideuse en ombre à peine discernable. Ça n'a rien à voir avec mon appréciation, mais il fallait que j'en parle.
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Même pour les amateurs du genre, le visionnement de Blood Feast n'est pas réellement nécessaire. Maintenant que vous savez qu'il existe et à peu près en quoi il consiste, je jugerais que c'est suffisant pour votre culture personnelle. Malgré quelques bons éléments, le temps a fait son oeuvre. Alors à moins que cela vous tienne vraiment à coeur, évitez!
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Résumé: Une scène de torture... pour nous.

Commentaires
MOSHBEAsT
20 Jan. 2008, 12:56
1er film gore que j'ai vu ... le film est poche ,les scènes de meurtre son
correct!!! Mais ne regardez surtout pas blood feast 2 ,nul mais vraiment
nul.............
Séb
10 Oct. 2007, 19:14
Une petite merveille? Attend, je cherche "merveille" dans le dictionnaire
et je reviens, juste pour être sûr...
Monsieur Divertissement
20 Mai 2007, 19:04
Ce film est une petite merveille, n'écoutez pas le zigoto qui a écrit cette
chronique... Mais ce n'est rien comparé à 2000 Maniacs, le chef d'oeuvre du
gars qui a un nom et qui a fait Blood Feast.
Johnny Jazz
08 Mai 2007, 17:51
Pas réellement nécessaire, en effet, mais il ne faut pas enlever le titre
que mérite ce film.
Drox
08 Mai 2007, 10:33
Très bonne introduction en la matière. J'apprendrai toujours en te lisant
(même si j'avoue ne pas avoir lu le reste).
Elfie
08 Mai 2007, 09:33
"Pouffez devant une idole représentant une déesse vénérée par des milliers
d'homme qui se révèle en fait comme étant probablement un mannequin de
boutique de vêtements bon marché peinturé or et maquillé grotesquement."
Hahaha!
J'ai pouffé juste en te lisant et en voyant l'image.
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